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Graine d’Espoir #4

Visuel artistique de Graines d’espoir #4 création visuelle de La Galerie d’Angélique montrant une enfant parmi des rosiers et sentant des roses, autour de l’idée de découverte et de croissance.

Faites de l’art, et ne le dites à personne !

Bon. Je reconnais que le titre de cet article pourrait immédiatement poser un petit problème…

Peut-être avez-vous déjà vu passer cette citation :

« Voyagez et ne le dites à personne.
Trouvez un partenaire et ne le dites à personne.
Vivez heureux et ne le dites à personne…
Les gens gâchent les belles choses. »

Signé : Incognito !

La phrase m’est arrivée signée « Anne Hathaway ». Je l’ai trouvée assez jolie (la phrase, même si Anne Hathaway est magnifique !). Et puis, comme bien souvent, lorsqu’une nouvelle curiosité entre dans mon cabinet, j’ai eu envie de la regarder sous toutes les coutures !

Vérifions d’abord l’auteur… Ainsi a commencé la petite enquête, car figurez-vous que ce n’est pas Anne Hathaway qui l’a écrite, mais impossible de savoir qui ! On a donc une citation qui voyage seule, sans passeport. Qui se promène partout, incognito, un peu comme son message. C’est amusant… et surtout plutôt cohérent avec ce qu’elle véhicule : Elle voyage et personne ne sait vraiment d’où elle vient, pas même Anne.

Tiens, c’est peut-être Ulysse qui la écrite… ? D’ailleurs… avez-vous vu la dernière version de « L’Odyssée » ? Spoiler: Nobody is missing!! Comme une « nobody », je me suis déplacée exceptionnellement au ciné – tout spécialement – et Ulysse est parti incognito sans dire un seul mot !! How disappointing!

Voyage, voyage…

En fait, cette énigme me pose problème, en réalité. Elle manque tellement de nuances, à y bien réfléchir. Elle induit que, pour voyager, aimer, être heureux, pour parvenir à exister pleinement, pour être libre, être soi-même, il faudrait vivre en secret, se cacher.

Elle fait des généralités et met tout le monde dans le même panier. Elle ne règle pas vraiment non plus un problème de fond : la complexité des interactions humaines.

Fermer les yeux, faire comme si ça n’existait pas, s’y soustraire momentanément, n’enlève pas, à terme, les réalités désagréables de la méchanceté, la manipulation ou la jalousie humaine, de ses aspérités, ses côtés sombres, ses défauts… mais aussi ses joyeuses beautés.

Pour autant rien ne nous oblige à s’y confronter, s’y conformer, à entrer dans ce grand jeu, aux règles parfois un peu floues. Alors comment tirer son épingle ?

Plutôt que de ne le dire à personne… y aurait-il une autre voie ?

Une graine…

Il y a quelque chose de très beau dans une graine. La graine ne fait pas d’annonce, elle ne publie pas son programme de croissance. Elle n’appelle pas le voisinage à la rescousse pour vérifier et constater qu’elle est bel et bien en train de devenir une plante. Non.

Elle disparait simplement dans la terre et pendant un bon moment, vu de l’extérieur, il ne se passe absolument rien. Pourtant, quelque chose se prépare, les racines s’allongent et s’ancrent, la vie travaille en silence. Et puis un jour, sans crier gare, une petite pousse pointe le bout de son nez.

Une graine ne poussera pas plus vite parce qu’on la regarde. On lui met à disposition tout ce dont elle a besoin : un peu de terre, d’eau et de lumière. Et surtout, du temps. Le temps de devenir elle-même.

Peut-être que nos espoirs sont pareils ?

Tout comme un enfant ne passe aucun test pour prouver qu’il sait marcher… il comprend et expérimente l’équilibre à l’aide de ses parents (attentifs et patients) et finira inéluctablement par – enfin – lâcher votre main et partir à l’aventure ! Bonheur ! Et comme marcher devient rapidement ennuyeux, courir, évidemment ! (tomber, inlassablement se relever, sans se décourager)

Parce que la raison profonde derrière tout cela, est une toute petite chose qui peut paraitre insignifiante et qui pourtant change beaucoup de choses : se savoir en sécurité. Quand l’environnement est bon, sain, aimant, attentif, ensoleillé… il se passe une chose à la fois merveilleuse et si simple : la fleur s’épanouit, l’enfant marche… et le monde tourne un peu plus rond…!

« Ne le dites à personne » ou trouvez les « bonnes » personnes à qui le dire ?

Puisqu’il y a cette fâcheuse tendance humaine à donner son avis sur ce qu’on ne connait pas, il nous arrive de faire l’erreur de raconter – à quelqu’un, qui va le répéter, ou à tout le monde – le pourquoi du comment. Erreur fatale. Trop souvent, le grain de sel devient un grain de sable…

On annonce un projet ou un rêve et quelqu’un de bien intentionné nous explique toutes les bonnes raisons pour lesquelles cela ne marchera jamais où comment l’optimiser. On partage une joie et quelqu’un s’empresse de nous rappeler tous les risques ou pourquoi rien ne sert de démarrer. Et encore, vous n’avez pas vu toutes les stat !

Mais, de « Personne » à « tout le monde », il y a un monde… immense même ! Après avoir fait l’effet balancier, on peut, peut-être, l’équilibre retrouver.

« à per-sonne ! » vous dis-je !

Vous connaissez sûrement notre variante bien française : « pour vivre heureux, vivons caché ». Lorsqu’on est jeune, on a souvent ce besoin d’être reconnu, que notre bonheur ou notre réussite soit visible. Parfois aussi, que ceux qui nous ont sous-estimé le voient. Ceux qui nous ont blessés sachent que nous allons bien. Que ceux qui ont quitté le navire, sachent ce qu’ils ont perdu. Que ceux qui ont douté découvrent ce que nous avons réussi sans eux. C’est bien humain…

Mais il y a une forme de liberté, beaucoup plus tranquille. Qui arrive souvent avec une chose inéluctable : on vieillit !

Etre heureux et ne le dire qu’à certaines personnes. Ne pas vivre pour provoquer une réaction. Ne pas construire sa joie en réponse à quelqu’un ou quelque chose. Ne plus avoir besoin de prouver quoique ce soit. Simplement aller bien. Ou aller mieux. En silence, en paix. Une des formes les plus discrètes, les plus belles et plus paisibles de la victoire.

Les gens gâchent-ils vraiment les belles choses ?

Je ne sais pas… La phrase est un peu injuste, ou rapide. Tout le monde a, au moins un jour dans sa vie, fait face à de mauvaises personnes ou de bonnes personnes mais au mauvais moment. Les gens, en effet, peuvent gâcher les belles choses, c’est vrai. Même les meilleurs, même les plus avisés ou les bien-intentionnés.

Mais ils peuvent aussi les réparer. Certaines personnes savent aussi écouter sans juger, aimer sans posséder, se réjouir sincèrement de votre bonheur, ou simplement connaître leur place. C’est peut-être une espèce un peu plus rare ou en voie de disparition, sous les radars… mais il y en a encore beaucoup, heureusement. Certaines personnes savent être présents au moment où vous n’y croyez plus et que vous allez lâcher l’affaire. Ils savent chercher l’or pur et véritable, car c’est toujours une bonne piste, dans bien des domaines.

Le problème n’est donc peut-être pas les gens. Le problème, c’est plutôt de croire que tout le monde a un droit d’accès à tout. Il existe des degrés d’intimité, des cercles, des portes, des fenêtres. Des parcelles de jardin dont on laisse le portail ouvert, et d’autres dont on garde la clé. Et c’est parfaitement normal et sain. Ce n’est pas de la méfiance gratuite ou de la peur irrationnelle, c’est parfois simplement une manière de vouloir prendre soin de ce qui compte et le laisser exister paisiblement.

Qui est donc l’auteur ?

Quand à cette drôle et mystérieuse citation, je ne sais toujours pas si c’est Ulysse qui l’a écrite, et finalement l’idée me plait bien. Elle appartient à : Personne. Ou à tout le monde. Elle a peut-être été trop répétée et a donc égaré son auteur au bord de la route. Comme une graine semée par le vent.

Alors je vais la déposer là, dans mon cabinet de curiosités, sans y mettre une étiquette définitive (d’ailleurs, je déteste les étiquettes, alors comment vais-je la ranger ? En strates, peut-être… ?)

Je garderai simplement très précieusement ces idées et petites pensées qu’elles m’ont inspiré…

Mon nom est Personne !

Alors ce « faites de l’art et ne le dites à personne », n’a de sens que pour protéger ce qui est encore fragile. Pour ne pas exposer tout ce qui vous est précieux – et surtout, pas n’importe comment. Les plus belles choses de la vie poussent souvent très tranquillement, à l’abri du vacarme. Elles finissent par fleurir, et fort probablement à donner du fruit. Quand la saison favorable est venue. Elles ne passent aucun entretien d’embauche.

Alors, peu importe que cela soit vu ou non. On peut le garder pour soi, le partager avec quelques-uns, ou le montrer au monde entier. Vous seul connaissez votre intention, et elle vous appartient.

A l’origine, ce que l’on crée, ce que l’on rêve, peut naître de mille endroits. D’une envie, d’une intuition, de l’amour, d’une blessure, d’une colère, parfois même d’une réaction. Peu importe finalement. Ce qui compte, c’est ce que nous en faisons. Quelque chose en soi demande à prendre forme. Et cela peut aussi s’apparenter à vouloir encore sauver ce qui peut l’être : une culture, une vie, une mémoire, la beauté d’un territoire, d’un terroir. L’estime qu’on protège, qu’on préserve, les choses qu’on chérit. (Et qu’on conserve dans son cabinet de curiosités !)

Alors… « Faites de l’art, et ne le dites à personne » ?

Non… !! faites-le sans attendre d’autorisation, sans vous demander d’abord qui regardera, qui aimera, qui approuvera. Et si ensuite vous avez envie de le montrer, montrez-le. À tout le monde, même pourquoi pas.

Tout ce beau monde n’a pas planté cette graine. « Personne » ne l’a plantée à votre place.

Personne ne décide de ce qu’elle deviendra. Personne n’a à donner son autorisation pour qu’elle pousse. Et quand elle fleurira, vous pourrez très bien l’offrir au monde entier ou la garder pour vous, qu’importe. Ce n’est pas parce que c’est joli dans un jardin, qu’il faut l’arracher, ou que ça doit passer à la TV (Silence, ça pousse !! si l’émission existe toujours ? vous me direz, car ici la TV a disparu depuis fort longtemps !).

Voilà pourquoi, finalement, on peut créer et le montrer à tout le monde… tout en continuant à ne le dire à personne.

Pour finir…

Vous n’êtes pas vos ancêtres. Ni votre histoire.

Votre histoire vous constitue. Elle vous accompagne, vous façonne, vous laisse parfois des traces (bonnes, mauvaises, mitigées…). Mais elle n’a pas à devenir une cage. Ce qui est un début ou un milieu n’a pas forcément vocation à devenir une fin.

Etre « personne », c’est parfois l’un des meilleurs services que l’on se rend. Personne à qui prouver. Personne à convaincre. Personne à qui demander la permission de devenir vous-même ou une nouvelle version de vous-même, quelqu’un que vous n’avez encore jamais été. Et sans avoir besoin de le claironner. Il n’y a pas d’âge pour se réinventer.

Faire la paix avec son histoire.

Continuer d’en écrire une suite, un nouveau chapitre, ou même un tout nouveau livre.

Sans demander la permission, l’approbation, l’avis, le droit de regard,

sans en donner les raisons

– à PERSONNE…

Just Be.

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