Au sommaire :
Corbeau ou Colibri, quelle force nous guide ?
Retrouver l’essentiel
J’écoutais récemment quelqu’un dire : « Sauriez-vous vous présenter sans parler de votre métier, de votre statut marital, de votre lieu de vie, ou de vos possessions ? Juste à travers vos valeurs, ce qui vous fait vibrer, vos goûts, ce qui donne sens à votre vie. »
Cette idée peut sembler étonnante… et pourtant, si on la regarde à travers le filtre de l’enfance, tout prend sens. Les enfants ne se sont pas encore accomplis, et pourtant ils sont – tout simplement. Ils vivent, aiment, entrent en relation sans masque, naturellement, avec simplicité. C’est inné, intérieur.
Comme le disait Léonard de Vinci : « La simplicité est la sophistication suprême. » Devenir adulte rend cette simplicité souvent bien plus difficile. La vie sociale nous impose des filtres, parfois arborés si longtemps dans la journée que nous finissons par les porter comme une seconde peau. Mais avons-nous des lieux où nous pouvons déposer nos rôles et statuts pour redevenir simplement des êtres humains ? Vulnérables, imparfaits, limités… et pourtant si beaux. Où nos failles deviennent notre beauté. Quelle drôle d’idée… !
L’art : un espace de vérité et de liberté
Être artiste est un paradoxe. C’est à la fois un lieu de vérité, de densité, de respiration, d’accomplissement, une urgence intérieure, un « bas les masques ».
Mais cette liberté se heurte parfois à la réalité sociale et professionnelle : un monde normé, exigeant, parfois semé d’embûches. La sensibilité, vue partout ailleurs comme une faiblesse, se trouve être la force et le carburant de l’artiste. Ce décalage peut provoquer des chocs ou des “blessures” artistiques. Ces moments ne remettent personne en cause. Ils font simplement partie d’un chemin intérieur humble et discret qui demande du temps pour se stabiliser.
Car l’art touche à quelque chose de profondément identitaire. Et toute cette maturation intérieure est souvent un processus vital, nécessaire… et même sain. Etre soi, quelle histoire !
C’est là que la créativité intervient : le sur-mesure, le jeu, les chemins de traverse, les clairières dans la forêt. Laisser la nature guider nos pas. Des espaces où l’on peut respirer autrement, regarder différemment, inventer. Et surtout, prendre le temps.
Valeur
Quand on y pense, la valeur est une chose curieuse. Elle dépend souvent du regard que l’on pose sur les choses. Une vieille lapalissade l’exprime avec humour :
« Un cheval bon marché est rare. Or tout ce qui est rare est cher. Donc un cheval bon marché est cher. »
Derrière ce raisonnement par l’absurde se cache une vérité plus simple : ce qui semble évident ne l’est pas toujours, et une valeur ne se mesure pas uniquement à ce qui est visible ou immédiatement reconnu ; elle naît aussi parfois de la rareté. Elle se reconnaît souvent sans bruit. Lorsqu’il faut la prouver, c’est peut-être qu’elle s’est déjà dissipée ou qu’elle n’avait jamais été là. La valeur humaine, quant à elle, est intrinsèquement là, elle n’a pas besoin d’être rare car elle est déjà inestimable.
La nature, elle, ne se trompe pas sur ce point. Elle nous rappelle que ce qui paraît modeste, discret, presque caché, peut porter un cadeau insoupçonné. Une humanité touchante souvent cachée derrière un simple masque ou un filtre. Il suffit parfois d’attendre et d’observer… et la laisser montrer le chemin paisiblement.
La nature comme maître silencieux
La nature est un enseignant extraordinaire, silencieux mais efficace. Vous connaissez sans doute l’expression « faire feu de tout bois »… un peu comme le corbeau, d’ailleurs ! Et c’est justement dans la nature que l’on trouve parfois les plus belles leçons d’équilibre. Prenons deux oiseaux très différents…
Le corbeau : intelligence et adaptabilité
Le corbeau est omnivore. Il mange insectes, petits animaux, œufs, fruits, graines, charognes… ou restes de nourriture humaine. Cette variété révèle sa grande capacité d’adaptation :
- Il mémorise les lieux de nourriture,
- Cache des réserves pour plus tard,
- Résout des problèmes pour atteindre ses ressources.
Le corbeau est un stratège de la survie, capable de naviguer intelligemment dans un monde complexe et changeant.
Ce que l’on sait moins, c’est que les corvidés – corbeaux, corneilles ou geais – jouent aussi un rôle discret mais essentiel dans la nature : ils comptent parmi les plus grands planteurs d’arbres involontaires. En cachant des graines ou des noix pour constituer leurs réserves, ils en oublient parfois certaines… qui finissent par germer. Ainsi, sans le vouloir, ils participent à la naissance de nouvelles plantes et même de forêts.
Le colibri : précision et spécialisation
À l’opposé, le colibri est minuscule et spécialisé. Il se nourrit presque exclusivement de nectar, parfois de minuscules insectes. Cette spécialisation révèle une autre forme d’adaptation : la précision.
- Vol stationnaire devant la fleur,
- Langue fine pour capter le nectar,
- Métabolisme rapide pour transformer le sucre en énergie.
Là où le corbeau comprend le monde, le colibri le fait fleurir. Car, c’est un discret pollinisateur !
Cela rappelle une légende souvent racontée par Pierre Rabhi : face à un immense incendie dans la forêt, le colibri transporte quelques gouttes d’eau dans son bec pour tenter d’éteindre le feu. Les autres animaux se moquent de lui, mais il répond simplement : « Je fais ma part. »
Deux forces différentes, une même idée
À première vue, ces deux oiseaux semblent opposés :
- Le corbeau : grand, sombre, robuste,
- Le colibri : petit, léger, fragile.
Pourtant, leur existence nous enseigne que la force peut prendre différentes formes :
- L’intelligence adaptable du corbeau,
- La légèreté et la précision du colibri.
Et le colibri, malgré sa taille, montre qu’une présence fine, ciblée et persévérante peut avoir un impact immense. Et il ne faut jamais sous-estimer la sagesse et la force de survie du corbeau.
Choisir l’espoir
De la fatalité vers un autre paradigme
La symbolique du corbeau est souvent associée au malheur – bien injustement d’ailleurs. On connaît tous l’expression qui lui est attachée : « oiseau de malheur ».
Cette image vient en partie d’une très ancienne tradition. Dans l’Antiquité romaine, certains prêtres – les augures – observaient le vol des oiseaux pour lire les signes du destin. Peu à peu, certains oiseaux sombres comme le corbeau furent associés aux mauvais présages. C’est aussi l’une des raisons pour laquelle les gauchers (“sinistra” signifie gauche en italien) ont eu mauvaise presse pendant si longtemps dans un monde de droitiers.
Cela m’évoque les désillusions, les déceptions ou les inquiétudes, qui peuvent, elles aussi, devenir des voleurs d’espoir. Mais…
Ne pas se laisser définir, puis… transmuter
Le corbeau ne mérite pas d’être réduit à une image négative. Même la littérature a parfois participé à cette image : La Fontaine, avec ses fables, a utilisé l’allégorie pour faire sourire ou dénoncer, il a donc fait du corbeau un personnage de satire, mais cette caricature, ce masque, ne reflète pas la richesse de cet oiseau.
Peut-être pourrait-on refaire sa réputation, à ce drôle d’oiseau ! Il y a prescription depuis l’Antiquité, qu’en pensez-vous ? Il est temps de dépasser les stéréotypes et, à l’instar du colibri, de nourrir abondamment nos pensées de vie comme d’un nectar nourrissant. Ou à l’instar du corbeau, devenir un semeur d’arbres.
D’arrêter de se laisser définir par les erreurs passées, les tragédies, les trahisons ou les désillusions,… Et être enfin appelé par notre nom, par notre essence, notre identité profonde. Enfin, pouvoir se reposer sur l’honneur, ce respect naturel dû à chaque être humain. Car, au fond, c’est dans le partage de notre condition humaine que la dimension invisible – ou le divin peut-être – prend toute sa place et toute sa force dans nos quotidiens.
D’ailleurs, comment les nourrissons-nous, ces pensées ?
- Avec des paroles de vie, de nectar,
- Ou avec des souvenirs de détresse, de ” sinistres” qui nous paralysent ?
L’espérance est un acte conscient : dire à son âme que l’aide est en chemin, que la bonté n’est pas épuisée, que tout peut se renouveler. En sa saison. L’hiver annonce toujours un nouveau printemps. Une renaissance. Un passage, de la survie… à la vie.
Donner des nutriments à son âme ! Trouver des points d’appui, des ancrages. Tout comme une ascension à vélo : tenir, en ayant simplement pour objectif le prochain virage. Un virage après l’autre. Parfois, vous trouverez même des supporters inattendus sur la route ! Allez ! ou plutôt, allons !! (et gare aux mollets !!)
Garder espoir, revient à transformer les lieux de défaites en moments de transmutation, puis de victoire.
Ecrire une nouvelle histoire… de bonne augure !
Alors, plutôt corbeau ou colibri ? …Ou même les deux ? Voire, aigle, pourquoi pas !
La vie nous appelle à la fois à adapter notre intelligence et à cultiver notre délicatesse, pour nourrir notre cœur et apprendre à semer nos propres graines d’espoir.
Car l’espoir sait toujours refleurir, même là où on ne l’attend plus.
Et ce nectar d’espoir a ceci de merveilleux : il se propage. Comme une fleur qui attire le colibri, il finit toujours par trouver des cœurs où refleurir. Alors, pourquoi pas dans le vôtre, c’est tout le bien que je vous souhaite !
Il est peut-être temps de semer et d’arroser…
GRAINES D’ESPOIR
Des mots semés comme des graines, pour faire germer la douceur, la confiance et la lumière en chacun de nous.
Chaque “Graine d’espoir” est une invitation à ralentir, à respirer, et à croire à nouveau en la beauté du chemin – dans l’art, comme dans la vie.



