La mémoire, ce concept qui habite mon art depuis le début…
Je pourrais démarrer ce message par l’étymologie, mnêsis…
ou même par ces leçons martelées sans merci.
Mais je n’en ai pas très envie.
Ah, la mémoire…
Elle a fait couler beaucoup d’encre,
beaucoup de maux, de mots et de larmes,
de rires aussi.
C’est celle de la blessure à vif, de la guerre, de l’épreuve,
qui peu à peu se referme et cicatrise.
C’est celle d’un héritage transmis de génération en génération,
celle de nos êtres chers,
celle aussi qui, parfois, si tristement, défaillit.
La mémoire…
Celle du souvenir heureux, nostalgique.
Celle du goût ou d’une odeur qui, soudain, vous ramène au bon vieux temps,
perché sur une branche de cerisier.
Une mémoire qui patiemment se tisse,
inlassablement,
sans bruit, sans mots,
parfois en musique.
Oui. Car c’est aussi une douce mélodie.
Et bien sûr…
la mémoire est une Madeleine.
Ma Madeleine de Proust.
Celle qui peuple mes cerises drômoises
et tout ce qu’elles concentrent de goûts,
d’odeurs,
de joies
et de plaisirs d’enfance.
Ce n’est pas un paradis perdu.
Non.
Ce souvenir-là est vivant et éternel.
Madeleine.
Un prénom très cher à mon cœur,
qui a façonné un peu qui je suis.
Elle m’a transmis l’amour de la poésie,
la malice de La Fontaine,
la douce senteur des fleurs drômoises.
Madeleine cuisinait à merveille.
Difficile de lui arriver à la cheville…
Elle avait l’art de recevoir
et surtout celui de vous faire sentir aimé,
choyé,
attendu.
Alors oui…
pleurer parfois comme une madeleine de l’avoir perdue.
Son potager regorgeait de trésors en tous genres.
Et ma maman, à son tour, savait les sublimer
et nous régaler.
Avec cette phrase consacrée :
« Je ne sais pas si ce sera bon… »
L’humilité de l’expérience.
Pourtant…
ces belles recettes,
comme tout bon secret de famille qui se respecte,
resteront bien gardées.
Certaines choses se transmettent.
D’autres se partagent.
Et d’autres encore…
se dégustent en silence.
Tout comme les omelettes du Vercors ont leur petit ingrédient bien à elles,
ainsi en est-il des clafoutis et des entremets maison.
Les livres de cuisine familiaux n’ont pas fini de se transmettre !
Copyright bien gardé. C’est la clé.
D’ailleurs…
J’ai récemment découvert une nouvelle recette de Madeleine,
Et celle-là, vous pouvez me la piquer si vous voulez.
On est comme ça chez les Drômois, on aime bien partager.
Et puis, on sait depuis longtemps déjà
que toutes ces recettes n’ont pas besoin d’être parfaites pour transmettre l’essentiel.
Et surtout,
on sait qu’une recette n’est jamais tout à fait la même
selon la main qui la prépare.
Et ça,
ma foi,
on n’y peut rien !




